Lil
du tableau sentête
D'après un tableau de Belkacem Tatem
A peine arrivé dans la galerie
Tatem, tous les tableaux me regardaient.
Un des tableaux me fixait dun il, je mapprochais pour mieux
le voir en peinture et je vis que lil de ce tableau était
une tache rouge à lendroit du nombril. Je méloignais
du tableau pour mieux le voir et une femme se dessinait sur la toile, la tête
hors cadre, ailleurs. Comme je cherchais plus de détails, je mapprochais
comme un félin. La tache rouge était un ovule cerclé par
un serpent qui empêchait toute pénétration. Le désir
me vint dentrer dans cet ovule, mais la force me manquait. Cest alors
quune statuette au visage plat, pareil quune assiette, haute comme
trois pommes, minterpella, « Eh, me dit-elle, je suis « la
Force », je suis ta Force, prends-moi, soulèves-moi, ainsi
tu pourras entrer dans ce ventre pour naître, à nouveau né
». Je pris alors « la force » de toutes mes forces,
je la soulevais et je sentais en moi bander la puissance. Je bousculais tous
les concurrents sur la route du sperme, les mis chaos, hors vulve. Je crevais
enfin lil de la toile et le serpent gardien se mordit la queue, faute
den mordre une autre. De lintérieur de lovule où
jétais, je voyais par transparence un public détoiles
tout excité par la curiosité, éjaculer leurs regards sur
le « miroir de Mimet de Thimotée ».
Et moi, je baignais heureux dans « le bain » au plasma
vert, bleu, ocre, jaune quand une grosse main, sortie du néant delle-même,
me saisit et me déposa délicatement au creux douillet de sa paume.
Jallais encore être heureux
quand elle mavala, me mâcha,
me remâcha pour me recracher en une uvre papier mâché.
Jallais me mettre en boule, mais elle me pétrit, fît de moi
une bonne pâte. Je compris alors quelle était en train de
fabriquer ma vie, ma naissance. Bonne vie me dit la grosse main déjà
repartie dans son néant.
- Bonjour dit « la Naissance du
Monde », tu es là, hum, moi jétais là bien
avant toi !
- Laisse le tranquille dit la statuette voisine
- Oh toi, va-ten accoucher ailleurs
la tête de ton ventre.
- « La femme sentête »
rétorqua, quand jaccoucherais de ma tête, ce sera la
tête du monde !
Pour mettre fin à cette discorde, en bonne pâte, je méloignais
de ces mondes et je me roulais paisiblement de tableaux en tableaux. Le créateur
invisible, maître de toutes ces uvres, saisi dinspiration,
fit de moi deux boules, mappliqua deux tétons et du pinceau de son
doigt dessina deux balconnets. Quoi, moi homme saint, jétais sein,
devenu deux seins ? je criais cela à la face de toute la galerie,
mais aucune uvre virile ne répondait. Alors mon créateur
me jeta sur la toile dun tableau accroché dans « La chambre
bleue » où mes seins allèrent garnir la poitrine dune
femme sans poitrine au gros ventre prêt à enfanter. Du bout de mes
tétons, je regardais un lézard immobile sur la femme au visage
figé. Aux premières loges de mes balconnets, je vis le lézard
sourciller au bruit du couteau-créateur et moi hors de mes balconnets
je suppliais le couteau de me tailler une part belle sur son tableau encore vierge.
Je lui dis,
- A la place de mes deux seins, faits-moi
un sexe dhomme pour retrouver ma nature première
La pointe du couteau-créateur métala sur sa palette de couleurs
et je crois quà ce moment-là, je devins une abstraction.
Finalement, le couteau me tailla un beau rôle où jincarnais
la vedette abstraite dune série « carrés érotiques »
aux triangles touffus, damour tout fou . Je me lovais dans lamour
des triangles pour arrondir les angles. Je remerciais dextase mon créateur-couteau
car il fît de moi un sexe sibyllin qui palabrait, qui tiradait, qui
pornographiait sans x
on me tourna dans tous les sens interdits autorisés,
on me regarda à lenvers et je fis tourner les têtes et les
yeux des voyeurs chuchotant,
- Oui, ça représente,
hum, un arbre
évident ! cest « larbre
à palabre »
- Du tout, retournez-le, cest un sexe
qui chevauche les deux cuisses ouvertes de la Terre
Puis on me reposa à lendroit et je redevins un arbre sage, planté
dans un carré de terre après avoir semé sa semence.
- Mais, arbre sexe, je ne tiens plus en place,
il faut que je marche , il faut que je vole, il faut que je voie toute la galerie
en « vue aérienne ».
Lauteur me saisit alors de toute sa hauteur pour me montrer à travers
des yeux nuages « un couple à la plage », « une
femme assise sur une chaise bleue», une « femme au chapeau »
mais
le temps me gâta le plaisir, le tonnerre se mit à me gronder et
les éclairs flashèrent sur « la belle endormie ».
Quel beau tableau. Elle se réveilla toute lumineuse, mit un manteau gris ?
Visiblement, la « femme au manteau gris » sen allait,
sen fichant.
Après cette pluie, une « femme à la bouche doiseau »
se mit à chanter tous ses oiseaux. Jétais dans sa bulle.
La « femme à la bouche doiseau » me plaisait.
Pour elle, jétais fleuve et les mots coulaient de ma bouche comme
de source. Je voulais lemmener dans « le lit » de
mon lit, mais jamais en bateau je ne lai menée sans voile. Fleuve
au courant de tout, je lui chuchotais des cascades. Fleuve, je me mis à
perdre mes eaux quand je vis la femme à la bouche cousu doiseau
avaler son il pour mieux voir larc en ciel de la Terre enceinte.
Je ne lui connaissais pas ce tableau.
Jallais bientôt naître de là par où jétais
rentré. Etre, jallais renEtre tête première à
lenvers à lendroit de mes pensées. Elle me poussa,
je poussais un cri de contentement. Je sortais vernis du ventre de la Terre
par le nombril du Monde de cette femme qui maccoucha.
Cest ainsi que je quittais ce voyage intérieur du pays des tableaux
de Belkacem pour me retrouver dans la galerie du Tout Tatem.
Je men allais rempli de couleurs, riche de terre cuite, de grès
et de masses lisses.
Quand derrière mon dos, jentendis, « psss, psss »,
le serpent du tableau me sifflait
Lebkiri Moussa
20 juin 2005