Tournée
du spectacle les mahbouleries
Au Festival de Chalette sur Loing (45) "MA
VILLE EST UN MONDE"
Le
20 juin 14h et 20h à L'espace de Loisirs Louis Aragon

Être
mahboule n’est pas donné à tout
le monde… et Moussa Lebkiri l’est de la tête
aux pieds. "...Voilà que le vent se mit à souffler,
je me suis garder bien d'ouvrir la bouche car c'est bien
connu le vent est ennemi de la parole. Je ne me suis donc
pas découvert ni d'un mot ni d'un fil de l'histoire.
J'attendis qu'il passe, mais le vent ne manqua pas d'air
il continuait
à souffler de plus belle. C'est alors que j'ai ouvers les
yeux pour m'étonner mais le vent mon étonnement il
me le chipa. A mon grand étonnement cette fois j'ai ouvers
la bouche pour faire un " ah quel vent" à ce moment-là le
vent mon "ah" il me le souffla, comme un pion soufflé n'est
pas joué. Mes histoires maintenant étaient dans le
vent et moi je courrais, courais après. Mais allez donc
rattraper le vent il faut être bien... Je l'étais...
Et quand enfin j'allais le rattraper voilà il se divisa
en quatre et moi de courir aux quatre vents, à l'est, à l'ouest,
au sud et au nord ne sachant ou donner de la tête et des
pieds. Quand d'un coup le vent s'éssouffla le premier s'arrêta
net, tomba à terre de tout son long dégonfler à bloc.
Puis dans les bras du mahboule que j'étais, dans un dernier
souffle, il me dit : "Ô fou puis que tu l'est plus
que moi reprend donc ta parole avant qu'elle ne te reprenne et
raconte tes histoires avant qu'elles ne te racontent. Sinon tes
jours seront contés, conteur et tu mourras..." et
le vent expira...
pour + d'infos
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Ca c'est passé ! 
Carte Blanche à Moussa Lebkiri le 15 mars 2008
La Journée Mondiale du Conte est un évènement marquant pour les amoureux de la Parole
Moussa Lebkiri a été l'invité d'honneur pour cette occasion au théâtre de Montbéliard
Parole au Paradis au théâtre du Lucernaire
De ses Mahbouleries au Jardin des Roses et des Soupirs, entre contes burlesques et soupirants jusqu'aux vapeurs du hammam, la parole de Moussa reste délicieuse et envoûtante ...suivre l'article
Ah, cette Hamdoûna !
Cet
Hamdoûna était la plus belle des créatures
de son temps, la plus habile et la plus réputée dans les
performance de l'amour remu ménage et gratage dans tous les coins…"
"
C'était au Lucernaire théâtre du 22 au 28 novembre

AVEC TOUTE L'EXPRESSION DISTINGUÉE
de Moussa Lebkiri,
«Le retour du refoulé»
La reconstruction mémorielle comme élément
constitutif de l’affirmation de soi
Hantée par le souci incessant et inlassable de s’auto-définir
et par le désir lancinant de faire émerger à la
surface de sa conscience les fragments épars des souvenirs
ensevelis dans l’intériorité du jardin d’un
jadis qui, dans l’agonie du soleil, s’en est allé sombrer
dans les méandres de l’oubli, la mémoire erre
en proie à la reviviscence. Assailli par l’appel d’une
voix surgie du sanctuaire de l’absence, Un homme à l’âge
incertain, à l’âme tourmentée, en proie
au doute et à l’incertitude. Seul, confiné dans
un lieu clos situé dans un vaste «nulle part» qui
prend l’allure d’une chambre ayant pour unique meuble
un lit, lieu où, dans les déambulations nocturnes,
s’enchevêtrent le réel et l’imaginaire,
où errent des mots, des gestes, des regards qui éveillent à des
sensations qui s’abandonnent à une vague d’ivresse
cependant illusoire et évanescente.
Moh. «Né d’un père de l’exil». «Enfant
de l’Absence». Le regard chargé d’émotivité.
La mémoire alerte. Dans son rêve éveillé,
il se parle, slame, se regarde, guette le moindre signe, capte
la moindre voix et retourne inlassablement au cœur de son
champ de fouilles intérieur, les débris d’images,
de regards, de visages, de désirs, d’angoisses et
de peurs qui peuplent son univers routinier empreint de lassitude
: «C’est toujours le même réveil qui réveille
ici ma putain de vie de France. A dormir toute ma vie, j’ai
dû… J’ai dû…», s’écrit-t-il
dans un moment d’extrême lucidité. «C’est
une vie ça que de se tourner la vie en rond ? à se
mordre la queue du Chétane. Hein ?, interroge-t-il encore
et encore.
Au cœur de sa tourmente, de son existence morcelée,
il se laisse happer par ce besoin urgent de se livrer à une
opération d’introspection, ce regard de soi sur soi
et à l’intérieur de soi. A l’aide d’un
enregistreur, il lutte contre l’effacement des souvenirs.
Ainsi, tout au long du processus d’exploration de la «citadelle
de son intériorité», il s’en va, sur
la pointe des pieds, réveiller les silences abandonnés
jadis sur les chemins solitaires, capter les sons, ressusciter
des voix, des idées, des images, des visages, des paroles Ô combien
porteuses de réconfort et de certitude.
Les enfermer dans cette machine-témoin, incarnation de la
fidélité et de l’authenticité. Les préserver
de l’oubli. Les immortaliser. Leur insuffler un souffle de
vie éternelle. Tel est le plus vif et ardent désir
de Moh : «…1, 2,3 …ffff …ça marche…Prologue
de ma vie. Me voici au départ de mon départ pour
enregistrer les raccourcis de ma mémoire …». «…Me
voilà revenu par le fil ténu de ma mémoire
avec ce chibani d’appareil pour enregistrer le souvenir,
le différé de ma vie; ma RE-NAI-SSAN-CE. Enregistrer
ma vie, mon premier cri, ici sur les pierres de la cour usée» monologue-t-il.
Au cœur de ces pérégrinations nocturnes et
tumultueuses, l’image lointaine d’un visage aux traits
flous et indiscernables qui se déploient dans les dédales
des longues nuits de solitude. Amed. Une ombre qui vogue dans les
recoins les plus secrets du silence.
«Se déprendre de son destin» ; se défaire de «cette
fatigue de soi», de ce «désarroi de soi», de cette «dépossession
de soi». Et revenir se désaltérer à la source millénaire
qui veille et que ni les âges ni les aléas de la vie n’ont
tarie ; suivre les pas d’un passé aux empreintes ineffables et
qui résonnent tel un écho parvenu de loin. Telles sont les préoccupations
lancinantes du protagoniste de la pièce intitulée «Avec
Toute l’_Expression de ma Kabylie Distinguée», de Moussa
Lebkiri, conteur, comédien, écrivain et mise en scène
par Smaël Benabdelouhab, membre fondateur de la Compagnie du Théâtre
du Nouveau Monde, créé à Paris en 1993.
Mohamed est le prénom que son grand-père «figuier» lui
a donné à sa naissance : «Tu es garçonne
! Ou Allah, tu t’appelleras Mohamed, par le Prophète
et tu porteras le nom de Moh-Amed». Puis mon Djedi, mon très
grand-père, il m’avait tatoué ce nom de Moh-Amed à vie, «sur
la page blanche de l’âme de ma chair/sur la page blanche
de l’âme de ma chair. Et moi, j’ai porté le
nom du prophète toute ma vie. Ya rebb’ y’a rebbi
qu’il est lourd», confie le protagoniste de la pièce.
Mais au fur et à mesure de l’avancement du temps,
Mohamed a égaré sur le long chemin de l’existence
l’autre partie de lui-même, son «témoin
intérieur», Amed. Le voilà au fil des
ans, au crépuscule de sa vie, devenu Moh, portant le poids
des souvenirs ancrés au plus profond de son être tel
un fardeau. Hanté par le regard d’Amed, rongé par
ce sentiment de manque généré par l’absence
de ce visage qui éveille en lui une obscure et profonde
tristesse, Moh se lance dans la quête de cet autre afin de
recoller les morceaux de «sa carte d’identité intérieure»,
d’accéder un tant soit peu à ce havre de paix
et de sérénité et pouvoir ainsi réaliser
cette unicité de soi tant désirée voire fantasmée.
Ainsi, sous la présence symbolique de l’autre, il
ose une intrusion au plus profond de son intimité faisant
ressusciter le passé dans le présent. Le voilà revenu
sur ses pas, s’immerger au cœur du lieu de son éveil à la
vie, la Kabylie, le pays de sa naissance, de son enfance, de sa
souffrance, du départ, de la rupture, de son errance : «…Ma
mémoire me revient de loin et je reviens à elle.
Je suis au pays, à Beni Chebana…It Chebana»,
s’exclame Moh. «La capitale du Walou», rétorque
sur un ton moqueur Amed au visage façonné par des
bouts d’images usés par la nostalgie du retour.
«…Ma petite Kabylie berceuse…», renchérit
Moh. «Un bled, un patelin», conclut Amed. A l’issue de cette
descente dans les replis les plus profonds des jardins secrets des pensées,
des désirs et des déceptions d’un Mohamed à l’identité «fragmentée»,
Moh et Amed parviendront-ils à se reconnaître, à se réconcilier
et atteindre ainsi cette paix intérieure tant recherchée ? En
attendant le dénouement de l’histoire, à travers son/ses
protagoniste (s) qui au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire émerge
comme un personnage énigmatique, tourmenté, torturé, sensible
mais Ô combien attachant !, Moussa Lebkiri nous entraîne dans une
Kabylie ancestrale aux vertus Ô combien bienfaitrices voire «purgatrices» lui
attribuant ainsi le symbole d’un lieu mémoire : «Tous les
chemins mènent là d’où l’on vient. Moi, je
viens de là-bas, de là où je suis parti. Je me dois de
la porter (ndlr, la Kabylie) puisqu’elle me porte depuis si longtemps.
Je me dois de faire parler les feuilles du figuier, faire dialoguer l’olivier
noueux de la mémoire avec celle de l’exil sans tristesse aucune», écrit
l’auteur de la pièce.
Bien que dense, la pièce de Moussa Lebkiri dont la première
représentation publique est prévue pour le 16 septembre
2006 à Marseille, s’attache à mettre en lumière
deux idées principales.
Primo, le désir effréné du protagoniste de
la pièce de renouer «le fil ténu de sa mémoire» montre
l’intérêt que l’auteur manifeste à la
problématique de la «mémoire» dans sa
dimension à la fois historique, politique, sociale, symbolique
et éminemment identitaire ; une mémoire qui renvoie à deux
espaces différenciés, «l’ici» et
le «là bas» et à des temporalités
variées, «passé-présent/présent-passé» avec
une ouverture sur le temps à venir. Des temporalités
et des espaces différenciés certes mais intimement
liées de par les faits historiques, les mouvements des populations
et ainsi le brassage des cultures et des modes de vie et de penser
: «La pièce n’est pas une œuvre typiquement
kabyle pas plus qu’elle n’est spécifiquement
française… Elle résulte bien d’un métissage
de ces deux cultures liées par une histoire commune qui
se perpétue à travers les relations et les échanges»,
explique Smaël Ben Abdelouahab.
Secundo, l’acte qui consiste à «restaurer» la
mémoire par le biais du souvenir nécessite inévitablement
un retour sur soi induisant ainsi une attitude de réflexivité.
Car intellectualiser la mémoire en faisant revenir le passé dans
le présent, en nourrissant le présent du passé,
en l’occurrence un passé longtemps enseveli dans le
gouffre de l’oubli implique une immersion dans les fins fonds
de soi afin d’y faire émerger les fragments épars
du souvenir et de les faire exister à la lumière
du jour. Ainsi, l’acte de «réhabiliter» la
mémoire jour un rôle central dans le processus de
construction de l’identité personnelle qui recouvre
l’ensemble des éléments identitaires (sentiments,
représentations, expériences) définissant
l’individu en tant qu’être singulier, unique
et différent. Dans ce contexte, la «mémoire» a
une fonction essentiellement libératrice et structurante
et peut être ainsi appréhendée comme facteur
de connaissance de soi, de valorisation de soi, d’affirmation
de soi.
Ecriture de soi ? Exposition de soi ? Mise en scène de soi
? Tout porte à croire qu’à travers cette pièce
il s’agit essentiellement d’une écriture introspective
qui livre à l’auditoire un regard en dedans de la
vie subjective du protagoniste. Ecriture autobiographique que nous
propose Moussa Lebkiri ? Certes. Mais une écriture qui tient
avant tout à se démarquer du nombrilisme laissant
transparaître le souci d’une démarche plus subtile
encore. Car il s’agit essentiellement pour l’auteur
de marquer une «rupture» avec la «culture du
malheur» et l’attitude fataliste.
Mémoire occultée. Oubliée. Niée. Le
voile de l’Histoire se lève. Le rideau tombe. Mémoire
libérée. Réappropriée. Recomposée.
Une vie en gestation, en mouvement, en perpétuel devenir…
L’histoire de vie de Moh-Amed ne montre-t-elle pas que «le
passé n’est pas derrière soi, mais bien devant
soi» et que la «réhabilitation» d’une
mémoire refoulée joue un rôle important dans
la construction de la vie à venir ?
De Paris, Nadia Agsous
11-09-2006 |